2011, Laponie

Février 2011, 16 jours en voiture, 7 pays pour atteindre la Laponie suédoise et norvégienne, 10 nuits sous la tente en camping sauvage, un record du thermomètre à -34°. 

  
[Extraits de carnet de route]

18 février.
17h, les sacs sont faits, le lecteur mp3 rempli, les batteries de l'appareil photo chargées, il ne me reste qu'à attendre l'heure du départ... et prendre la route vers le grand nord. Partir dénicher des aurores boréales, marcher dans la neige, voir les températures chuter jour après jour, traverser des frontières, rouler vers l'inconnu... Aller voir un nouveau bout du monde.


21 février.
Suède, première nuit sous la tente, j'ai eu froid. -10°C au réveil. Tout est blanc ! Changement de chaussures, 4 pointures au dessus pour laisser de la place aux 3 paires de chaussettes ; pantalon de ski enfilé. En route pour toujours plus haut !


22 février.
Les vitres de la voiture givrent de l'intérieur.
Nuit encore plus froide, mais avec les deux sacs de couchage et la couverture bien épaisse c'était parfait ! On a fait du vin chaud hier soir, c'était assez horrible de couper les agrumes avec des sous-gants sur les mains, le jus qui les imprègne et gèle presque aussitôt, les mains qui s'engourdissent et sont maladroites à allumer le réchaud...


25 février.
Il y a deux jours, en voulant suivre une petite route on s'est retrouvés bloqués, la roue avant droite de la voiture enfoncée dans la neige... bon, c'était pas vraiment une route, plutôt une piste de motoneige. Après-midi passé à essayer de dégager la roue, au milieu de nulle part, mais aucune solution n'est assez efficace. La nuit tombe, on finit par sortir le réchaud et faire à manger pour se réchauffer, de plus en plus sceptiques sur nos chances de repartir avant la nuit. Mais une voiture arrive : un Suédois qui habite à côté, qui rentre du boulot... et accepte de nous aider ! Il démarre son tracteur, nous offre un thé en attendant que le moteur chauffe. On passe un moment chez lui à discuter, et puis le tracteur est prêt et on retrouve la route.
On roule un peu, jusqu'à trouver un parking avec une cabane pas verrouillée ; on passe la nuit dedans en se disant qu'on y sera mieux que sous les tentes... grosse erreur. Nuit glaciale, la chaleur des corps ne réchauffe pas l'air, l'espace est trop important et le froid nous entoure toute la nuit. Demi sommeil ponctué de frissons, pieds gelés.

Hier soir, essai de construction d'un igloo... avorté, c'était trop ambitieux un igloo pour quatre personnes. On n'aura qu'un mur, ça protègera au moins un peu du vent. Repas cuisiné sur un feu, sur la neige. On décongèle du vin blanc et du jus d'orange à la casserole, des boîtes de conserve dans les flammes. On attend les aurores boréales en vain.

Ce matin il neige. 
Des rennes au loin, je m'approche doucement et vois des élans s'enfuir à 10 mètres, probablement aussi surpris que moi.

Ce soir, on dormira dans une auberge.
Sauna, douche chaude interminable, une partie de cartes en prenant l'apéro, une soirée avec des Suédois de l'auberge à partager toute la nourriture qu'on a décongelée et les bouteilles qui ont résisté au froid constant du coffre de la voiture (une bouteille de bière y a explosé...).


26 février.
Location de motoneiges !
On en prend deux, on est quatre, on conduit chacun à notre tour et je commence, direct sur un lac gelé... c'est génial ! Un peu sportif, il faut s'asseoir d'un côté ou de l'autre quand on tourne ou quand la machine penche, forcer les bras pour se diriger... Forcément il arrive que la motoneige se retourne, c'est un peu galère pour la remettre droite. On s'enfonce tellement dans cette neige, parfois jusqu'à la taille ; mais ça amortit les chutes.


28 février.
Norvège. On est passé par les îles Lofoten, et le soleil était déjà couché quand on a débarqué du ferry hier ; on a décidé de rouler toute la nuit. A travers la montagne, en longeant des fjords, avec trois tempêtes de neige, des élans qui traversent la route juste devant la voiture, des fou-rires de fatigue ; il y a un roulement pour conduire, et à l'arrière on dort.
Le jour on recommence, le volant passe de mains en mains sur des routes sinueuses, sous un grand soleil. 
Et le soir, au bord d'un fjord, on calme les nerfs fatigués avec un apéro, du saumon aux oignons et citron cuit sur le réchaud... Il ne fait presque pas froid, la température est positive et c'est agréable de prendre son temps, ne pas avoir à écourter la soirée pour se réfugier au chaud sous la tente.


1 mars.
Le long des fjords de Norvège. Ce midi on prend notre temps pour manger, dans un champs au soleil, au bord de l'eau. Faire une pause. Profiter du beau temps, du paysage, du voyage...


3 mars.
Oslo, de 4 on passe à 3. Devant un arrêt de métro, un câlin de groupe et il faut se dire au revoir. De retour dans la voiture je me prend une claque parce que ça sent la fin, une personne de moins et je réalise qu'il ne reste que quelques jours, que ça ne sera déjà plus pareil, qu'on est déjà sur le chemin du retour.


6 mars.
Retour. Dernière partie du chemin, dans le train. J'ai la tête à des kilomètres de la vie "normale". Il faudra repartir. Repousser les limites. Rentrer à la maison, défaire le sac et tout laisser en vrac par terre. Se reconnecter. On me dit que j'ai l'air encore ailleurs. 
Je veux y retourner.

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